Un représentant pour dix mille

D'où vient ce nombre, que se passe-t-il quand un territoire est trop grand pour lui, et pourquoi la réponse n'est pas de comprimer la représentation — mais d'agrandir l'unité.

1. L'échelle des porteurs

Quatre noms, du plus proche au plus lointain. Chacun désigne quelqu'un qui parle au nom d'autres que lui, et le nom dit combien.

Tribun · Tribune2 à 100 personnes
Porte la voix d'une formation citoyenne. Le magistrat romain créé pour la plèbe — inviolable, doté d'un droit de veto.
Centurion · Centurine100 personnes
Le premier échelon territorial. C'est là que quelqu'un parle au nom d'autres que lui.
Myriarque10 000 personnes
Porte le plus grand nombre que Dunbar autorise. Au-delà, on ne représente plus.
Émissaireau-delà
Le mot est volontairement moins noble : il rappelle la distance au peuple.
Le mot plébiscite vient de plebis scitum : la décision votée par la plèbe convoquée par ses tribuns. « Les Tribuns sont plébiscités » est donc exact au mot près — l'étymologie boucle.

2. Pourquoi dix mille, et pas cent mille

Le nombre de Dunbar mesure combien de relations un être humain peut réellement entretenir. Les paliers observés sont modestes : quelques proches, une quinzaine d'amis, une cinquantaine de familiers, cent cinquante connaissances. Au-delà, le lien devient statistique.

Dix mille est le plus grand nombre qu'un porteur puisse assumer en restant joignable : c'est une commune moyenne, un quartier, un canton rural. On peut y tenir une permanence, y être reconnu dans la rue, y répondre à un courrier en personne. Au-delà, on ne représente plus — on délègue.

3. Le problème : l'Île-de-France ferait 1 246 représentants

Douze millions et demi d'habitants divisés par dix mille : mille deux cent quarante-six myriarques. Aucune salle de France ne les accueille. Il faut donc trancher — et c'est ici que le choix se fait.

La solution paresseuse serait d'élire des représentants de représentants : prendre les mille deux cents et n'en envoyer que cent. Chaque élection supplémentaire éloigne pourtant un peu plus du citoyen, et c'est précisément ce que nous cherchons à éviter.

Nous faisons l'inverse : nous n'ajoutons pas d'étage, nous agrandissons l'unité. En Île-de-France, la Myriade ne vaut pas dix mille habitants mais vingt mille. Les représentants restent des représentants directs — ils siègent en personne, sans intermédiaire. Il y en a simplement moins, parce que chacun porte davantage.

4. La règle de palier

Les tailles de Myriade autorisées sont au nombre de cinq :

Taille de MyriadeEn Centuries
10 000 habitants100
12 500125
15 000150
20 000200
25 000250

Toutes sont des nombres entiers de Centuries. La Centurie est l'atome de l'échelle : rien ne se découpe jamais en travers d'elle.

La règle tient en une phrase : on retient la plus petite taille autorisée qui fait tenir l'assemblée sous le plafond de la salle.

Et surtout : aucune borne de population n'est décidée d'avance. Il n'existe pas de règle disant « au-dessus de tant d'habitants, la Myriade passe à quinze mille ». La borne est là où la salle déborde, nulle part ailleurs. Changer le plafond recalcule tous les paliers, sans qu'aucun seuil n'ait à être justifié.

5. Ce que ça donne sur les dix-sept régions

Plafond de l'hémicycle régional : 600 places, avec une tolérance de 5 % — soit 630.

RégionHabitantsTaille de MyriadeReprésentants siégeant
Île-de-France12 463 06720 000623
Auvergne-Rhône-Alpes8 205 55715 000547
Nouvelle-Aquitaine6 150 45110 000615
Occitanie6 124 65310 000612
Hauts-de-France5 992 19410 000599
Grand Est5 563 37810 000556
Provence-Alpes-Côte d'Azur5 218 96010 000522
Pays de la Loire3 907 15610 000391
Bretagne3 449 37010 000345
Normandie3 345 84210 000335
Bourgogne-Franche-Comté2 802 67010 000280
Centre-Val de Loire2 587 03110 000259
La Réunion889 67910 00089
Guadeloupe384 16010 00038
Martinique360 63010 00036
Corse355 48610 00036
Guyane293 99610 00029
Quinze régions sur dix-sept gardent la Myriade à dix mille habitants. Deux seulement sont relevées, et l'une des deux — l'Auvergne-Rhône-Alpes — ne monte que d'un cran. La règle est donc bien moins brutale qu'elle n'en a l'air : dans l'immense majorité du pays, un représentant porte exactement dix mille personnes.

Lignes surlignées : les régions où la Myriade est relevée. Le plafond est un plafond, jamais une cible — une petite région siège à trente-six et c'est parfaitement normal. Populations INSEE, millésime 2026.

6. Le simulateur — poussez, et regardez la règle travailler

Glissez pour parcourir toutes les tailles de territoire, du département rural à l'Île-de-France.
Le nombre de sièges disponibles. Changez-le : tous les paliers se recalculent, sans qu'aucun seuil n'ait été écrit.

7. Les salles de la République — l'ordre de grandeur réel

Nos assemblées ne siègent pas dans le vide. Voici, pour comparaison, les salles délibératives qui existent aujourd'hui en France, avec des effectifs fixés par la loi.

SalleCombien en FranceSièges
Conseil municipal, commune de moins de 1 500 hab.~28 0007 à 15
Conseil municipal, 1 500 à 10 000 hab.~5 50019 à 29
Conseil municipal, 10 000 à 100 000 hab.~95033 à 53
Conseil municipal, plus de 100 000 hab.~4255 à 69
Conseil départemental9634 à 92
Conseil régional1877 à 209
Hémicycle de l'Assemblée nationale1577

Et voici les plafonds que nous nous donnons pour nos propres délibérations :

Notre assembléeQui y siègePlafond
Délibération communaleles Centurions et Centurines120
Délibération de circonscriptionles Myriarques120
Conseil départemental des Émissairesles Émissaires300
Conseil régional des Émissairesles Émissaires600

Trois cents places au départemental, c'est un amphithéâtre d'université ou un cinéma multiplexe — il en existe dans toutes les préfectures. Six cents au régional, c'est l'ordre de grandeur d'un hémicycle. Ces salles ne sont pas à construire : elles sont là.

8. Remplir la salle, jamais la vider

La règle qui gouverne toutes les assemblées tient en une ligne : un siège égale un segment de l'unité du dessous.

Tant qu'il y a moins d'unités que de places, chaque unité est son propre segment et son porteur siège en personne. Trente Centurions pour trois mille habitants : ils viennent tous. La salle reste pleine, jamais vide.

Quand il y a plus d'unités que de places, on découpe en autant de segments qu'il y a de sièges — chaque segment portant un nombre entier de Centuries — et chaque segment envoie un Émissaire, désigné par les porteurs du segment.

Un détail qui n'en est pas un : à Paris, le segment communal vaut environ deux cents Centuries — exactement l'ordre de la Myriade francilienne. Les deux échelons, calculés séparément et pour des raisons différentes, convergent sur la même granularité. C'est le signe que la règle est une, et non un assemblage de rustines.

Et dans la commune, c'est le Centurion l'interlocuteur

97 % des 34 875 communes françaises comptent moins de dix mille habitants. Le Myriarque garde son rôle plein là où la Myriade est l'unité — circonscription, département, région — mais au conseil communal, celui qui parle est le Centurion.

9. Les Émissaires auprès des institutions

Nous envoyons des Émissaires dans les assemblées existantes de la République, à hauteur de 10 à 15 % des sièges fixés par la loi. Leur statut : observateur, avec mandat d'objection et de demande de délibération large.

InstanceSièges fixés par la loiÉmissaires (10 à 15 %)
Conseil municipal (100 000 à 150 000 hab.)555 à 8
Conseil municipal (300 000 hab. et plus)696 à 10
Conseil départemental (moyenne)424 à 6
Conseil régional d'Île-de-France20920 à 31

Le plancher de 10 % est calqué sur les seuils de représentation minoritaire usuels dans les statuts de sociétés — ceux qui donnent à une minorité le droit de faire inscrire un point à l'ordre du jour.

L'ordre des opérations fait tout

Un Émissaire n'est jamais élu pour un mandat général. La séquence est inverse de celle qu'on connaît :

1. L'ordre du jour est lui-même voté — on décide collectivement quel sujet monte.
2. Ensuite seulement, on plébiscite ceux qui le porteront, choisis pour cet ordre du jour.

Attachés à un sujet, jamais à un siège. C'est le renversement du système actuel : on ne choisit pas des personnes qui choisiront leurs sujets — on choisit des sujets, puis les personnes pour les porter.

Une file d'attente régit la rotation entre Émissaires, précisément pour interdire l'installation.

Provenance. La théorie — l'échelle Tribun / Centurion / Myriarque / Émissaire, la règle de palier, le plafond de salle, la règle du segment, le pourcentage d'Émissaires auprès des institutions et l'ordre du jour voté avant ses porteurs — est de Yannick Mandaba. Les chiffres proviennent de la Table de Participation des Représentants (source canonique : la-commune-legiferante.org, version du 29 juillet 2026), des populations INSEE millésime 2026, et de l'article L. 2121-2 du Code général des collectivités territoriales pour les effectifs des conseils municipaux.

Footer

TCollectif : essais, documentation et outillage. Espace citoyen gratuit : la-commune-2-point-zero.org.
Contact technique : yannick.mandaba@geomanet.com · Mentions légales · Confidentialité & données

Œuvre propriétaire — Tous droits réservés. Copyright © 2024-2026 Yannick Mandaba-Masseron — SafeZone FPV™. Aucun usage, reproduction, distribution, modification, traduction, ingénierie inverse, exécution publique, intégration ou travail dérivé sans accord écrit préalable du titulaire.
Les termes HUSCI, Action RIC, La Commune Légiférante, GeoMANET, La Commune 2.0, M.S.Y. (Manet Secure You), ainsi que les logos, sigles, emblèmes, chartes graphiques, signatures éditoriales, intitulés de programmes et labels organisationnels, sont des désignations propriétaires réservées de SafeZone FPV™.
Demandes (collaboration, licences, signalements) : ip@safezone-fpv.com.